Tom
Néophyte

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« le: 27 Octobre 2008 à 10:06:31 » |
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ATELIER D’ECRITURE No 3 21 octobre 2008
Partant d’une idée (un type, genre artiste déclassé, trouve un boulot pour une association qui milite contre la misère : Déguisé en zébra, fondu comme un caméléon sur le trottoir, il doit attendre qu’on le piétine pour soudain se lever et délivrer son message de solidarité) La difficulté était de trouver un découpage qui nous permette, tous les 5, d’écrire simultanément en évitant au maximum les redites et en anticipant les transitions. Ainsi, l’un s’attachait à la présentation du lieu dans lequel se situe l’action, le deuxième à la narration d’un évènement imprévu : la sortie d’église d’une procession mortuaire. Le troisième, à partir d’un colleur d’affiche qui placarde une chopine mousseuse sur un panneau, devait emmener le personnage dans une réflexion intérieure, retour sur lui-même. Le quatrième devait écrire un moment de pause, dans un bar, où le personnage fait une rencontre qui le remotive. Le dernier devait conclure par une scène où, ressemblant, après son piétinement, à un sac poubelle, le personnage, victime d’une méprise, se fait ramasser comme un vulgaire détritus. Nous aurions dû également, au vu du résultat, préciser à quels temps devaient être écrits les récits, et à quelle personne ; cela ( ainsi que d’autres points) pourrait constituer l’objet d’une retouche rapide, ce qui, d’un choix commun, n’a pas été fait. Les textes ci-dessous sont donc littéralement le résultat d’un « premier jet ». Quant à la soirée, il semble qu’elle fut pour tous douce et enrichissante, un moment de bonheur.
Pourquoi m’avoir envoyé ici ? Ca manque de soleil ; ou plutôt, qu’il est bien caché le soleil, derrière cette église qui donne le frisson. C’est toujours froid, une église, surtout à l’intérieur, mais en plus, celle-ci, elle est noire et rouge. N’a t-on pas idée, de construire une église en pierre noires et rouges ? Et c’est là, dans son ombre glaciale, qu’il faut se coucher, comme un mort, en attendant que quelqu’un lui marche dessus pour qu’il se réveille. Foutu boulot ! Ca commence bien. Heureusement que le bon Dieu, il est entouré, parce qu’une église, comme ça, s’il n’y a rien d’autre, ça plombe le décor. Heureusement qu’il y a le café, juste en face. Ca égaie un peu. 39, c’est drôle pour un café, de s’appeler un nombre. Une contamination sans doute, si l’on pense que 3, c’est la trinité, et que neuf, c’est encore trois fois trois ! Et il y a le lycée, un peu plus loin ; c’est comme un gazouillis, le matin, à midi, quand ça rentre et quand ça sort, ça piaille dans tous les sens, une vraie volière ! Et même quand ils sont seuls, les lycéens, ils continuent à causer, avec leur portable. Ca met de la vie, au moins, c’est pas comme maintenant ; 9h15, et encore, si le bon dieu il a mis la bonne heure sur son horloge, l’heure des vieux, avec leur canne et leur cabas ; la grande transhumance de la place du marché ! Tous du côté du soleil, ils ne veulent pas refroidir. Mais ils ne risquent pas de me marcher dessus, et c’est pourtant pour cela que je suis payé : pour me geler à l’ombre, à regarder passer les vieux qui clopinent au soleil, à attendre qu’on ait la bienveillance de me marcher dessus. Et alors, c’est là que je me lèverai, en brandissant ma pancarte Halte à l’égoïsme, regardons-nous les uns les autres, vivons ensemble. En arriver là, elle est belle notre société ! Et moi, je me caille pour changer le monde. Soyons généreux, soyons humains. Un peu comme le Christ sur sa croix, pour sauver le monde. Et lui, il n’était même pas payé. J’ai pas à me plaindre. De toute façon, c’est pas le nombre qui importe, c’est pas de faire du chiffre, on reste dans le social. Mieux vaut en interpeller un de temps à autre, mais efficacement qu’une multitude sans résultat. Il faut y croire, ça va venir… Je vais compter les voitures pour patienter, 1,2,3…Ca n’empêche pas de penser, mais ça occupe, 54,55,56,…7fois que le feu, il passe au rouge, 8 fois. 93,94,95,96,…Eh bien, le passant, il est pas nombreux, aujourd’hui, j’aurais peut être pas du répondre à cette annonce.113,114,115,…13 fois qu’il passe au rouge, et moi, j’attends depuis le début de la journée, à en repasser les évènements dans ma tête, si l’on peut parler d’évènements.
C’est le petit matin, j’ai décidé d’attaquer tôt, histoire de finir tôt ; du moins, c’est ce que je me disais. J’ai étalé mon corps de tout son long sur le zébra, mon uniforme me faisait penser au piano géant sur lequel j’avais fini par m’écrouler un soir de fête. (Vision d’une tête écrasée sur un piano d’enfant, ronflant) Je sens déjà que le plan qu’on m’a refilé est merdeux. J’ai froid au ventre et le goudron, vu d’ici, ça pue à fond. Et déjà un chewing-gum qui me colle au zébra. J’attends le client, en répétant mon texte…Voyez-vous, Monsieur-Dame, en 2008, on peut marcher sur quelqu’un sans même s’en rendre compte ! Aujourd’hui, c’est la journée internationale du refus de la misère, et nous souhaitons vous sensibiliser en vous proposant quelques tracts ; réagissez avant que la rue ne vous colle à la peau (ça, je l’ai rajouté) C’est sûr, j’aurais du faire attention. Je sais, l’oreille gauche fonctionne mal ; autant dire que collé là, comme ça, contre le sol pas frais, je ne peux rien entendre, seulement me fier aux bouts de chaussures qui peuvent m’alerter. Ca y est, ils sortent de l’église. C’est une vraie ruée, piétinement général, le curé d’abord suivi du cercueil et une pointe de cire du cierge du curé qui me tombe dans l’œil. Tout le monde me passe dessus sans broncher. Impossible de me relever, même le petit doigt, il est coincé. Pour une première distribution, je viens d’en prendre une bonne, j’ai mal partout. Les tracts sont tous éparpillés par le vent. J’ai un mal de ventre épouvantable. Sûr de ne faire que mieux, je me repositionne avec cette fois tous les sens en eveil, un costume désormais plus vrai que nature, guettant l’arrivée du client. Impact : déstabilisé par la vue d’une culotte d’écolière. C’est parti. A peine effleuré, dressé comme un I, répétant le message en intégral sur un ton agressif à mort ; hyper déstabilisant pour deux fillettes de 14 ans qui sortent juste fumer une clope en cachette. Apeurées total. Je décide de faire une pause au café.
Devant lui, une jeune demoiselle franchit la porte du café. Arthur la suit ; elle s’installe derrière le comptoir et commande un demi. Timidement, Arthur la rejoint et demande une noisette . Se rapprochant un peu, Arthur lui demande son nom. Brigitte, répond-elle. Lorsque leurs verres sont vides, il lui propose d’en prendre un autre avec lui mais elle refuse. Il n’insiste pas et quitte le bar pour retourner travailler. Sa mission est pour la journée et il ne peut s’attarder davantage.
Putain de bonnes gens qui m’piétinnent et qui attendent que j’leur ouvre le ciel. Et toi, le grand sur ton échelle qu’est en train d’me faire saliver en étalant plus grand que nature la bière que j’m’enfilerais bien si mon cœur était à l’unisson des couleurs qu’taffiches. Ta pub, elle m’donne soif, et j’vois bien qu’tu m’écoutes pas, mais même un paillasson zébré a droit à de l’humanité. Il suffit pas d’être chargé d’en distribuer, il faut que quelqu’un prenne sa part pour moi et toi, tu dis rien, alors on dit qu’t’en es OK. Tu crois qu’c’est mon lot, mon gagne-pain, d’épandre la parole du bien, du bon, de faire tourner les têtes pour qu’les regards s’croisent et se sourient, eh ben, tu t’trompes. J’suis là par hasard. C’aurait pu être toi, et moi, là haut, à ta place. J’ai pas mal déliré dans ma vie, pas mal bourlingué aussi, enfin, de rue en rue, j’connais pas mal mon coin et on m’connaît aussi, ou on croit m’connaître. Oui, j’sais, toi aussi, mais au fond, même moi, est ce que je sais pourquoi je pense ci ou ça, pourquoi j’vais plutôt ici qu’là. Avant, c’était hier -m’demande pas de date, avant d’être zèbre pour le bien de tous, j’étais un grand, un p’tit grand si tu veux mais un grand. J’me marrais tout l’ temps, le temps n’avait pas d’prise sur moi, tu comprends, peut être pas trop de conscience d’être là mais y étant bien, les pieds et la tête dans l’même temps, bref, j’étais bien moi sans trop l’savoir et alors, ça roulait . Et puis, j’sais pas c’qui a changé, comment les choses ont pu bouger mais j’ai bougé avec elles et me v’là à m’raconter et toi à m’donner soif. Allez mon gars, reste la tête collée au ciel, j’vais m’en j’ter une vraie pour faire passer c’que t’aurais pu prendre pour d’la larmoyante. A la r’voyure et pense toujours à regarder celui qu’arrive en face, il peut t’vouloir du bien.
Totalement épuisé et démotivé, ayant le sentiment d’avoir échoué dans ma mission, il se rendit au marché. Il était treize heures, les derniers commerçants rangeaient leur matériel. Son déguisement de passage piéton ne ressemblait plus à rien. Comment en était-il arrivé là, pourquoi avoir accepté ce travail ? Il lui était impossible de répondre à ces questions. Il se trouvait alors près d’une montagne de sacs-poubelles à cogiter sur le sens de son action contre la misère. Absorbé dans ses pensées, il ne prêta pas attention au camion à ordures qui s’arrêta près de lui. Il voulut interpeller les éboueurs afin de délivrer son message : Arrêtez-vous et ayez une pensée contre la misère. Mais aucune parole sortit de sa bouche. Il était subitement devenu muet. Les éboueurs le confondant avec un sac-poubelle le jetèrent dans la benne. L’humiliation était totale. La misère ne se combat pas, elle se vit !
On participé, dans le désordre, Caty, Ali, Julien, Daniel, Tom, Calliope.
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